Comprendre la mort en utopie : une analyse de la vision de l'âme et de l'au-delà dans les utopies littéraires du XVIIe siècle

  • Catherine Gobert ((PhD) Student)
  • Hélène Merlin-Kajman (Promotor)
  • Sophie Houdard (Jury)

Student thesis: Master-after-master

Abstract

Dans ce travail, nous continuons la réflexion amorcée dans notre premier mémoire, mais en nous concentrant sur le XVIIe siècle.

L'utopie est, selon bon nombre de critiques, parfaite et bien déterminée à ne plus évoluer, se figeant dans un état qui se veut définitif, accompli : elle renie, comme le disait Raymond Trousson ("Voyages au pays de nulle part") "toute possibilité de progrès ultérieur". L'utopie est, ainsi, "anti-historique" et "anti-naturiste", selon Raymond Ruyer ("L'Utopie et les utopies"), car elle refuse le temps de l'histoire et celui de la nature, qui est celui du déclin et de la mort.

Mais si, selon les critiques, l'utopie est et ne changera plus, son citoyen est bien mortel. N'étant pas éternel comme sa société, il se posera la question de l'au-delà. Et dans quelques sociétés, cet Ailleurs métaphysique sera perçu comme étant "meilleur", "plus parfait" que l'ici-bas.

Raymond Trousson, dans son article "Mourir en utopie", se pose la question de savoir si "la conviction (...) que la vie terrestre, quelle que soit l'excellence atteinte, n'est pas l'essentiel ni une fin en soi (n'est) pas contradictoire avec la réalisation utopique." Car, selon certains critiques, l'utopie est censée ne s'occuper que du bonheur terrestre en faisant abstraction de la transcendance. Pour d'autres, l'utopie est déjà l'Ailleurs, l'outre-tombe, atteint après une "mort symbolique" du voyageur (cf. Jean Servier, "L'utopie et la mort").

Nous partons, dans ce travail, à la recherche des failles, des imperfections dans la société idéale et dans ses citoyens, pour démontrer que l'idée d'un progrès ultérieur et métaphysique n'est pas contradictoire avec la réalisation utopique.

Pour ces utopies qui reconnaissent un Ailleurs d'outre-tombe, nous déterminons quelle est l'influence de la croyance en un au-delà sur les activités terrestres des citoyens, quelle est la fonction de la certitude d'un prolongement métaphysique dans l'existence de l'utopien. Nous proposons quatre possibilités. A partir de là, nous évaluons la valeur de la société "excellente" dans la vision du monde de ses hommes.

Pour les utopies refusant l'idée d'un outre-monde, nous nous posons la question suivante : ces communautés et leurs citoyens, sont-ils donc plus parfaits? Et : comment parviennent-ils à exorciser la mort? Il y a plusieurs possibilités, que nous énumérons : immortalité terrestre et collective, immortalité biologique, immortalité terrestre personnelle ou terrestre personnelle symbolique, négation de la mort, éternité impersonnelle (idée d'un esprit universel), etc.

A chaque fois, une analyse de la vision de l'âme (spirituelle, matérielle, absence de l'âme, ...) accompagne ces recherches. Ces visions de l'âme sont confrontées aux différentes philosophies développées ou redécouvertes au XVIIe siècle, ainsi qu'à la religion dominante qu'elles critiquent ou ridiculisent souvent.

Corpus : 9 utopies littéraires ou narratives :

- Tommaso Campanella, "La Cité du Soleil" (1613)

- (Anonyme), "Le Royaume d'Antangil" (1616)

- Johann Valentin Andreae, "Christianopolis" (1619)

- sir Francis Bacon, "La Nouvelle Atlantide" (1627)

- Francis Godwin, "L'Homme dans la Lune" (1638, 1648 pour trad. fr.)

- Gabriel de Foigny, "La Terre australe connue" (1676)

- Bernard Le Bouvier de Fontenelle, "La République des philosophes" (1682?)

- Claude Gilbert, "Histoire de Caléjava" (1700)

- Simon Tyssot de Patot, "Voyages et aventures de Jacques Massé" (1710)
Date of AwardJul 2006
Original languageFrench
SupervisorHélène Merlin-Kajman (Promotor) & Sophie Houdard (Jury)

Keywords

  • utopias
  • XVIIth century
  • death
  • immortality
  • soul

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