Regard et réalité. Le spectateur du théâtre documentaire

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Samenvatting

Dans le théâtre, un contrat tacite est conclu entre une communauté de spectateurs et un ensemble de représentants, un contrat qui concerne le degré de réalité et de véracité de la représentation. Un contrat qui impliquerait que toute responsabilité pour la réalité représentée - ainsi que pour le rapport que cette réalité entretient avec le monde et la société en dehors des murs de la salle - revient au comédien et à l'équipe artistique. Dans certains performances contemporaines,cette responsabilité est redistribuée. Le spectateur, individuellement et comme membre d'une collectivité, est forcé de se décider sur le rapport entre l'esthétique présentée et les implications éthiques de la réalité représentée. La délibération se situe alors du côté de ce spectateur, puisque l'artiste n'acceptait plus de fonctionner comme "maître-interprète" de la situation créée par ce fameux contrat tacite. Dorénavant, ce spectateur doit confirmer qu'il fait partie d'une communauté interprétative qui gère le rapport entre observation et action dans un contexte théâtral . La tendance documentaire que l'on observe dans le théâtre contemporain joue également sur la rupture du contrat social, comme elle violente l'équilibre entre signe et référent dans l'événement théâtral. En principe, la « suspension d'incroyance » (suspension of disbelief ) est le noeud de ce contrat théâtral : dans quelle mesure le spectateur accepte-t-il l'illusion créée sur scène comme la vérité à laquelle il adapte ses cadres de référence et son horizon d'attente ?
Dans le théâtre documentaire ce défi est plus visible que dans le théâtre purement fictionnel. On pourrait distinguer dans ce genre, pour des raisons méthodologiques, quatre types de dramaturgie/théâtralité, selon le glissement de cette autonomie supposée des cadres de référence.
1. La pseudo-fiction : une structure dramatique et une mise en scène relativement traditionnelles, modestement brechtiennes. Un bonne exemple est la « trilogie des institutions » du dramaturge anglais David Hare, basée sur de longues enquêtes dans les milieux concernés, et un rapport avec cette réalité documentée bien transparent.
2. Le pseudo-documentaire : le metteur en scène libanais Rabih Mroué présente des documents réels, comme des posters et des vidéos des martyrs de la guerre civile au Liban. Il construit des histoires sous-conscientes par rapport aux événements politiques et violents réels .
3. Le documentaire-fiction : le contenu documentaire domine, mais on utilise explicitement des moyens théâtraux - acteur versus personnage, manipulation de l'espace - pour créer un impact différent des reportages filmés formatés, comme dans l'oeuvre du metteur en scène berlinois Hans-Werner Kroesinger.
4. Le documentaire-documentaire : le collectif suisse-allemand Rimini Protokoll ne met pas d'acteurs professionnels sur la scène, mais il donne la parole et le geste aux « experts du quotidien ».
Originele taal-2French
Pagina's (van-tot)34-37
Aantal pagina's4
TijdschriftThéâtre/Public
Nummer van het tijdschrift208
StatusPublished - apr 2013

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